Martin McGuire
HLM - Est-ce que tu vois ton arrivée avec le Canadien réellement comme un nouveau départ dans ta vie de hockeyeur ?
B.P. Lorsque je suis arrivé ici, je ne savais pas à quoi m'attendre. Je voulais qu'on me donne une chance de me faire valoir et Jacques Martin m'a fait confiance. Ça m'a aidé à croire à nouveau en mes moyens et les résultats ont commencé à venir. Je ne peux pas me plaindre, au contraire, et je souhaite que ça continue.
HLM - Lors de ton passage au Minnesota, les choses ne se sont pas toujours déroulées comme tu le souhaitais. As-tu vécu des moments de découragement ?
B.P. Certainement, ce ne fût pas facile. En 2008-2009, j'ai joué 37 parties avec le Wild et je me suis retrouvé dans la Ligue américaine pour terminer la saison. C'était difficile : je me présentais pour les matchs et je savais que je n'aurais pas beaucoup la chance de jouer. À cette époque, on ne m'utilisait pas plus que cinq minutes par match. Même durant les entraînements, je n'arrivais pas à retrouver mes moyens et le plaisir de jouer. J'étais plus jeune et j'avais de la difficulté à garder le moral. Heureusement, je suis ici et les choses semblent bien aller pour moi.
HLM - Est-ce que tu estimes néanmoins avoir passé à travers un processus normal d'apprentissage ?
B.P. Oui, peut-être. Les joueurs plus vieux sont mieux préparés à affronter ces situations. Lorsque t'as à peine 20 ans et que tu quittes la maison pour les États-Unis, une autre culture, tu ne sais pas ce qui t'attend. Tu te retrouves avec des gens que tu ne connais pas dans un milieu d'adulte où personne ne te fait de cadeau. Avec le temps, tu finis par trouver ta place et te faire à cette nouvelle vie.
HLM - Qu'est-ce que cette période difficile t'a permis d'apprendre sur toi-même ?
B.P. J'ai appris à ne plus m'apitoyer sur mon sort, à cesser de chialer et à mieux me préparer même lorsque c'est un entraînement. J'ai aussi appris à travailler et à mettre toutes les chances de mon côté. Cette année, j'ai joué plus souvent et j'ai connu de meilleurs matchs. J'étais déterminé à avoir une bonne saison et je crois que cette transaction m'a relancé...
HLM - Les réalités auxquelles les jeunes joueurs de hockey sont confrontés inclus l'éloignement de la famille et des proches. Êtes-vous préparés à affronter la vie d'athlète professionnel avec tout ce que cela renferme ?
B.P. J'ai joué mon hockey junior à Sudbury, assez loin de l'endroit où j'ai grandi ; Alfred, en Ontario. J'ai appris à composer avec l'éloignement par rapport à ma famille à 16 ou 17 ans. T'es un peu perdu, mais avec le temps, tu crées des liens avec tes coéquipiers qui facilitent cette transition loin de chez toi.
HLM - Est-ce que tu considères avoir compris certaines choses qui te rendent plus mature à ce stade-ci de ta vie ?
B.P. C'est sûr ! J'ai compris qu'il ne suffit pas d'avoir du talent : tu dois y mettre une grande dose de travail. Je l'ai réalisé un peu plus tard après mon arrivée chez les professionnels. Je me fiais beaucoup à mes habiletés ; c'est comme ça que ça fonctionnait chez les juniors. Mais une fois arrivé dans la LNH, tu obtiens le respect et la confiance de tes entraîneurs et de tes coéquipiers lorsque tu amènes le travail, combiné à tes habiletés.
HLM - Durant ce processus, sur le plan personnel, tu as vécu la perte de ton père. Comment as-tu géré cette épreuve ?
B.P. C'est grâce à lui si je joue au hockey. Mon père m'a aussi dirigé ; il n'était pas un entraîneur facile, il était exigeant avec moi. À l'époque, je n'étais pas toujours réceptif, mais aujourd'hui, je suis conscient qu'il avait raison de me pousser à me dépasser et à utiliser tous mes atouts. Mon père me répétait sans cesse d'utiliser mon coup de patin pour me démarquer. Il avait raison : je sais aujourd'hui que c'est ce qui me permettra d'avoir du succès dans la LNH avec le Canadien.
HLM - Quelle serait la réaction de ton père s'il te voyait jouer avec le chandail du Canadien aujourd'hui ?
B.P. Il serait terriblement fier de moi, puisque c'est près de chez nous. Que j'appartienne à une équipe aussi prestigieuse que le Canadien, mon père en serait heureux ! Il assisterait certainement à presque tous nos matchs, comme c'est le cas pour ma mère. Il trouverait aussi peut-être le moyen d'assister à nos entraînements ; le hockey, c'était la grande passion de mon père.
HLM - Lors de ton arrivée avec le Canadien, on t'a placé au sein d'un trio offensif en compagnie de deux bons attaquants, Brian Gionta et Scott Gomez. En quoi ces deux joueurs seront en mesure de t'aider à devenir meilleur ?
B.P. Brian Gionta travaille comme un forcené, il ne fait pas de compromis sur la glace. Ce n'est pas le plus costaud, mais il fonce au filet comme un joueur de 6"4'. Il tire souvent et fait aussi de très belles passes. Gionta sait faire la différence dans un match. Scott, lui, a une passe sur chacun des buts que j'ai marqués jusqu'ici avec le Canadien. Les chiffres parlent ! Gomez n'a peur de personne et tu sais que si t'es bien placé, la rondelle viendra au bon moment sur ton bâton. C'est la qualité que possèdent les grands joueurs.
HLM - Aujourd'hui, que peux-tu nous dire sur ton expérience à Montréal ?
B.P. Les joueurs de hockey sont très bien ici. Même avec le Minnesota, qui est reconnu comme un bon marché de hockey, il n'y a aucune comparaison possible. Le Canadien, c'est autre chose, même si on entend beaucoup de choses sur les médias et la pression qui vient à Montréal. Les gens apprécient les joueurs qui se défoncent et ça te pousse à être meilleur. On exagère beaucoup à travers la ligue sur ce qui se passe à Montréal. Moi, je ne vois aucun problème à évoluer avec le Canadien.
HLM - Peut-être aussi exigeant que la foule et les médias à Montréal, Jacques Lemaire t'a dirigé au Minnesota. Que retiens-tu de ton séjour sous ses ordres ?
B.P. Cela n'a pas toujours bien fonctionné avec Jacques, mais je retiens beaucoup de ce qu'il m'a enseigné. J'étais jeune et pas toujours prêt à travailler et à faire les sacrifices pour réussir. Maintenant, je comprends mieux certaines choses et je garde un bon souvenir de Mario Tremblay et Jacques Lemaire. Ces deux-là savaient de quoi ils parlaient.