Section Centenaire

La fin d'un long voyage

03 mars 2010

En retirant le numéro 3 à la mémoire d'Émile «Butch» Bouchard et en honorant Elmer Lach, le 4 décembre dernier, le Canadien a conclu dignement les étapes qui ont mené à la célébration du 100e anniversaire de l'équipe dont les exploits ont façonné l'image d'un peuple et celle du hockey professionnel.

Michel Lacroix

Escorté par son fils Jean lorsqu'il allait à la rencontre du nouveau propriétaire de l'équipe au matin de la cérémonie sans pour autant savoir ce qui l'attendait, Émile « Butch » Bouchard a été intercepté par une dame d'un certain âge et d'origine européenne : « J'espère, Monsieur Bouchard, qu'on retirera votre numéro », lui a-t-elle dit.

« Butch » aurait peut-être préféré ne pas entendre encore une fois cette remarque qui, au bout du compte, ne semblait plus avoir d'importance. Comme si les nombreuses démarches pour confirmer son statut avaient été vaines. Comme s'il n'y croyait plus.

 Quelques heures plus tard, en présence d'un vieux compagnon d'armes, il fut honoré par les siens. Par ceux qui l'ont suivi au sein de cette équipe et qui, à leur manière et avec leur talent, ont continué à fièrement porter les couleurs du Tricolore. L'ultime honneur réservé aux plus grands. Enfin !

 Ses fils Jean et Pierre étaient à ses côtés lors de la cérémonie. « Après coup, on a réalisé que c'est un rêve qui est devenu réalité, disait Jean après l'honneur réservé à son père. Tout le monde a réagi favorablement. On a eu l'impression d'avoir vécu une manifestation unique, remplie d'amour vis-à-vis mon père. Comme si, enfin, on avait réalisé l'importance de ce qu'il avait accompli. Tout ce qui a été dit a sûrement permis à beaucoup de monde de mieux connaître le personnage et ce qu'il a représenté pour le Canadien... »

 Lorsque les deux hommes se sont présentés en bout de piste avant que ne soient soulevées les bannières dans les hauteurs du Centre Bell, on a senti encore une fois l'essence de cette équipe légendaire faite de Canadiens-Français taillés à coups de misère et de passion. Ça et aussi l'apport de ces « étrangers » que l'on a volontiers acceptés pour gonfler les rangs et qui ont vite compris qu'ils seraient des frères de sang dans la mesure où ils partageraient la soif de la victoire et la morosité de la défaite.

Les baisers...

 Puis, le capitaine des capitaines a envoyé des baisers à la foule. « Mais où donc as-tu pêché un tel geste ? », de demander Marie-Claire, celle qui depuis toujours partage la vie du numéro 3. « Ça m'est venu comme ça », fut la réponse d'Émile avec un sourire comme lui seul est encore capable de faire. Simplement. À la hauteur du personnage qu'il a été. À la hauteur du personnage qu'il est devenu.

 « Pour plusieurs coéquipiers, il représente le héros qui a traversé les grandes périodes de l'équipe. Il y a eu de bons et de mauvais moments, mais il ne fait aucun doute qu'il appartient à une race de joueurs bien spéciale. Grâce à lui, on sait qu'il faut se battre pour gagner », a ajouté Jean Bouchard, lui qui a appris à mieux connaître son père lors de cet exercice. Lui, mais aussi tous les amateurs de hockey et les fans du Canadien.

Un moment avec ses petits-enfants

 Reste encore un petit détail dans l'esprit de celui qui fut honoré le soir du 4 décembre. « Il voudrait bien que l'on puisse, avec ses petits-enfants, revivre la montée de cette bannière sur la patinoire du Centre Bell, note Jean. C'est le vu qu'il a exprimé : qu'il puisse partager ce moment unique avec eux. C'est un héritage vraiment unique qu'il voudrait ainsi vivre en leur compagnie. Dans une certaine mesure, c'est un peu l'histoire de l'équipe qui se perpétue. Il a fait le plus beau cadeau qu'un père puisse offrir : il a donné un fils à cette équipe [Pierre]. C'est un peu à l'image de l'équipe : assurer la relève, maintenir l'intérêt et la passion de génération en génération... »

 Le temps de cette célébration, on a eu l'impression que chaque famille au Québec avait à sa façon contribué à cette grande équipe. Comme les Bouchard. « À ce jour, nous n'avons pas encore réalisé toute l'importance de ce qui s'est passé au début du mois de décembre, cela va prendre beaucoup de temps avant de vraiment en mesurer l'impact », de conclure Jean.

 Depuis ses débuts tardifs au hockey et les camps d'entraînement amorcés après de longs périples à vélo jusqu'aux mises en échec percutantes afin de protéger ses coéquipiers, ça a été toute une aventure pour Émile Bouchard.

De l'homme qui aimait les abeilles à celui qui a amélioré la pratique populaire du hockey au Québec, on ne pouvait mieux conclure un aussi long et beau voyage.