Martin McGuire
HLM Dans le hockey d'aujourd'hui, peu de joueurs peuvent se vanter d'avoir passé 10 ans avec la même équipe. Toi, si. Tu en es fier ?
S.G. Certainement, surtout avec le nouveau système économique dans la ligue. Je suis un Flyer depuis l'été 1998, le moment où ils m'ont sélectionné. J'espère avoir la chance de terminer ma carrière ici, mais il faut être réaliste : le plafond salarial fait en sorte que ce genre d'objectif est difficile à accomplir. Je suis heureux ici. On me traite bien, c'est mon deuxième chez moi et ma famille est bien à Philadelphie.
HLM Au cours des 10 dernières années, il y a eu beaucoup de changements de direction à Philadelphie. Le fait que tu aies survécu à tant de changements d'entraîneurs prouve certainement ta grande valeur pour cette équipe...
S.G. C'est pas drôle de voir défiler les entraîneurs, de voir quitter des gens qui ont fait tout en leur possible pour que ça marche. Au début de ma carrière, j'ai eu quatre coachs différents en six ans... c'est un recommencement continuel. Par contre, j'en ai côtoyés des bons qui m'ont bien dirigé et qui m?ont montré le chemin à prendre pour demeurer dans la LNH. J'essaie toujours de m'impliquer pour faire partie de la solution : entrer dans le moule pour avoir le plus de temps de glace possible et mériter la confiance des entraîneurs.
HLM Selon toi, qu'est-ce qui fait qu'autant d'entraîneurs ont bien apprécié te diriger ?
S.G. J'ai toujours entendu que je suis un joueur capable de bien jouer dans les deux sens de la patinoire. Pour un entraîneur, c'est un plus de pouvoir utiliser un joueur à caractère offensif qui se soucie de sa défense et qui s'intègre bien au système de jeu. Démontrer sa fiabilité, c'est important si on souhaite être utilisé dans les moments clés de la partie. J'ai évolué sur un trio défensif avec Keith Primeau et Sami Kapanen à ma quatrième saison et notre tâche était d'affronter les meilleures lignes d'attaque adverses. Puis, lors de l'arrivée de Peter Forsberg, on m'a muté sur un trio plus offensif pour marquer des buts.
HLM Malheureusement, les blessures ne t'ont pas épargné ces dernières années. Est-ce frustrant d'avoir à composer avec l?inactivité prolongée ?
S.G. Faut accepter que cela fait partie des risques du métier. J'ai eu beaucoup de blessures et je ne cache pas ma déception sur ce point, mais j'ai pu jouer en dépit de certains malaises, à l'exception de ma commotion cérébrale il y a deux ans. Cette fois, j'ai dû attendre la fin de la saison avant de recommencer à bouger. Cette année, ça a été aussi frustrant. J'ai dû subir une opération après le premier mois de la saison pour ensuite en rater deux autres en convalescence. Ma saison a été hypothéquée dès le départ...
HLM Cette blessure t'a écarté de la sélection olympique de Vancouver. Ce fût certainement une grande déception pour toi?
S.G. J'étais déçu, mais j'ai compris leur décision [aux dirigeants canadiens]. Les joueurs sélectionnés ont connu de bons débuts de saison pour la plupart ; moi, j'ai manqué les mois de novembre et décembre. Je devais m'y attendre.
HLM Tu as fait partie de l'équipe qui a rapporté l'or au pays en 2002, à Salt Lake City. Est-ce que tu considères ce moment comme l'un des plus beaux de ta carrière ?
S.G. C'est une grande expérience de vie. Cela m'a permis de devenir un meilleur joueur, de vivre l'ambiance du village olympique, de rencontrer les autres athlètes, etc. Il faut profiter le plus possible de ce genre d'expérience.
HLM Tu as représenté ton pays à plusieurs reprises. Quel a été ton meilleur match avec le chandail à la feuille d'érable, celui que tu n'oublieras jamais ?
S.G. En 2002, aux Jeux de Salt Lake City, nous avons affronté l'Allemagne en ronde préliminaire et avons mal commencé le match. Pat Quinn a modifié ses trios durant la partie et je me suis retrouvé en compagnie de Joe Sakic et Jarome Iginla. Nous avons produit deux des trois buts de notre équipe pour battre les Allemands et notre équipe s'est mise en marche à ce moment. Je n'oublierai pas ce match-là.
HLM En 1999, tu as fait partie d'Équipe Canada junior lors du tournoi de Winnipeg. Tu as réussi un but spectaculaire lors d'une échappée en désavantage numérique face à la Suède. Plusieurs identifient ce but comme le point tournant de ta carrière. Qu'en penses-tu ?
S.G. Je crois que tout ce tournoi a été déterminant pour la suite des choses : je me suis fait connaître ailleurs au Canada et ma performance a permis de démontrer le genre de joueur que je serais pour les Flyers. En tant que Québécois, il faut parfois en faire plus pour se faire valoir. Il ne faut pas rater l'occasion de prouver sa valeur en compétition internationale lorsque la chance t'en est donnée. Ce fut un tournant pour moi : on m'avait sélectionné comme 13e attaquant, il y a eu des joueurs blessés et j'ai eu ma chance. Les portes se sont ouvertes pour moi.
HLM Qu'est-ce qui fait que tu crois encore en toi aujourd'hui, en ta capacité de faire la différence pour ton équipe ?
S.G. Ça reste en dedans de toi. Tu l'as fait dans le passé et ça ne disparaît pas du jour au lendemain malgré les saisons plus difficiles ou les blessures qui te tiennent à l'écart. La régularité, c'est la clé. Tu dois faire les choses auxquelles on s'attend de toi quand tu sautes sur la glace. Je connais mes forces et j'essaie de les utiliser au maximum.
HLM Tu joues dans une équipe, les Flyers, de laquelle on attend encore une coupe Stanley malgré de bonnes saisons et des résultats compétitifs. Comment vois-tu la suite des choses à Philadelphie ?
S.G. C'est difficile de gagner la coupe, c'est très compétitif dans la LNH. Il y a 30 équipes qui veulent mettre la main sur le gros trophée. À Philadelphie, nous avons un bon groupe de joueurs signés pour encore deux saisons. J'aime nos chances?