Reportages

Deuxième départ, mais moins d'ambition

04 juin 2010

Oui, le hockey collégial masculin est de retour et l'enthousiasme autour de cette reprise ne semble pas être un feu de paille. Les bases semblent véritablement solides. En fait, le plus grand défi sera vraisemblablement de faire accepter par les intervenants qui se sont lancés à pieds joints dans cette renaissance que le nouveau circuit n'a pas l'ambition de retrouver la place qui a été, jadis, celle de la Ligue collégiale de hockey AAA.

Raymond Prince

La saison qui s'achève représentait l'année « zéro » de cette reprise. Huit équipes y ont pris part, soit un nombre plus grand que ce qui avait été anticipé lors de l'annonce par Hockey Québec et la Fédération québécoise du sport étudiant (FQSE) à l'hiver 2008-2009 de la relance conjointe du programme sportif.

« Pour la véritable saison initiale de 2010-2011, il est désormais clair qu'il ne pourra y avoir plus de huit équipes, commente Roland Grand'Maison, directeur des programmes collégiaux à la FQSE. Un délai minimum de 15 mois est exigé du collège entre le dépôt d'une candidature et la première partie de sa nouvelle formation. »

C'est dire que nous verrons probablement les équipes des cégeps Alma, André-Laurendeau (Montréal), Laflèche (Mauricie), Lionel-Groulx (Sainte-Thérèse), Saint-Laurent, St. Lawrence (Québec), Sorel-Tracy et Harrington du Canada (Oka) prendre le départ de la deuxième cuvée de l'histoire du hockey collégial masculin. Seul l'établissement d'Oka n'a pas encore rempli l'ensemble des conditions pour assurer sa présence sur la ligne de départ l'automne prochain.

Bassin d'alimentation

Toutes les équipes de la région métropolitaine de Montréal ont peiné au classement cette saison, à l'exception du cégep Saint-Laurent, qui a combattu tout au long de l'année pour le deuxième échelon. L'explication de ces insuccès est facile à saisir, signale Paul Ménard, le coordonnateur de Hockey Québec qui travaille de concert avec son confrère Sébastien Rivest, de la FQSE, pour encadrer le nouveau circuit.

« Les équipes montréalaises doivent concurrencer les équipes du junior AAA, qui sont fort nombreuses sur leur territoire, de dire Ménard. Or celles-ci recrutent une bonne partie de leur clientèle dans les mêmes bassins que le circuit collégial. De plus, les collèges Lionel-Groulx et André-Laurendeau s'en sont tenus à un recrutement plutôt local, ce qui leur a nui. »

Complémentaire au junior aaa

À Hockey Québec, Yves Archambault, le directeur technique, estime que les hockeyeurs du midget espoir trouveront également dans la Ligue collégiale un débouché fort pertinent dans l'avenir.

« Nous sommes un produit complémentaire au junior AAA, estime Steves Simard, conseiller à la vie étudiante du Cégep Alma et responsable du programme local de hockey collégial. Toutefois, ne sous-estimons pas ce que l'on fait. Il y a un grand potentiel et nous allons le développer. Je ne vois pas pourquoi, un jour, des joueurs collégiaux n'atteindraient pas la Ligue nationale ! »

Les Jeannois d'Alma ont tout pulvérisé cette saison sur la glace et près de 800 spectateurs ont suivi en moyenne chacun de leurs 14 matchs réguliers à domicile. Toute la ville en fait était prête à appuyer une telle équipe, la population locale réclamait même auparavant une concession au sein de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Selon Simard, l'équipe collégiale qu'ont dirigée d'anciens entraîneurs du midget AAA a été formée de joueurs provenant d'une panoplie d'horizons : midget AA, BB et AAA, junior AAA et même junior majeur. Et un comité hockey formé d'une dizaine de personnes associées autant au milieu municipal que d'affaires a assuré le succès de cette année zéro.

À Lionel-Groulx, le démarrage a été plus ardu, concède Benoit Bohémier, l'entraîneur en chef, pas du tout abattu de la sixième place de son équipe. « Notre projet est réussi sur le plan de l'esprit d'équipe et de l'image que veut projeter le collège, mentionne cet ancien coach des Sélects du Nord. De plus, notre participation a suscité beaucoup d'intérêt en cours d'année et le collège a reçu de nombreux appels d'intéressés pour l'année prochaine. »

Bohémier s'enflamme quand il parle de l'avenir du circuit collégial : « Notre ligue va être forte, plus forte qu'on ne le croyait. »

Hockey Québec et la FQSE doivent souvent freiner les ardeurs des partenaires locaux en rappelant les humbles ambitions, cette fois, du hockey collégial.

Du rêve et des diplômes

À Alma, l'équipe avait présenté un chandail des Jeannois arborant trois fois la lettre A lors de la conférence de presse locale pour annoncer l'adhésion de l'équipe au nouveau circuit.

Roland Grand'Maison relève que sa fédération s'est interposée rapidement pour que de telles références au hockey collégial AAA de naguère - qui avait divisé le milieu du hockey amateur - disparaissent.

« J'avais marqué AAA sur l'affiche annonçant mon précamp l'an dernier, dit-il. AAA, c'est toujours vendeur. Toutefois, la direction du collège est vite intervenue pour éliminer ces trois lettres... »

« On ne peut pas les empêcher de rêver, réplique Grand'Maison. Nous ne sommes pas dans le triangle d'excellence du hockey et c'est parfait comme cela et dans cinq ans, nous répéterons la même chose. Mais nous avons vu au fil de notre saison zéro une nette progression dans le jeu de nos équipes. À ceux qui nous voient plus haut, je dis que c'est un exercice de patience. Je leur répète de faire ce qu'ils ont à faire et que le reste va suivre. »

À Alma, Steves Demers donne cinq à six ans à la ligue collégiale pour devenir une option aux 700 joueurs midget AA du Québec en compagnie du midget AAA et du junior AAA.

« Mais c'est surtout des hockeyeurs diplômés que nous voulons former, en fin de compte », observe le conseiller à la vie étudiante.