Daniel Caza
Si l'on inclut ses présences lors des matchs hors-concours et des tournois de la coupe Memorial, Luc Lachapelle a sauté sur la glace plus de 1000 fois pour arbitrer les affrontements souvent très intenses - et parfois hostiles - du niveau junior majeur.
Il a également pris part à des centaines de matchs de hockey amicaux dans diverses ligues. Mais en ce matin de début mars 2010, au moment de faire son retour sur la patinoire « avec ses chums » après avoir combattu son cancer, il n'avait jamais ressenti pareille sensation.
Les poings bien appuyés sur la bande de chaque côté de la porte, il s'est arrêté. Son regard a balayé la glace de bout en bout et il s'est mis à trembler en-dedans en pensant à tout ce qu'il a dû surmonter au cours des deux dernières années avant d'en arriver là.
« Quand tu es malade comme je l'ai été, tout ce que tu as à faire c'est d'écouter ton corps et d'observer ses réactions, indique celui qui a eu 56 ans le 8 février dernier. J'entendais mon coeur battre fort, très fort. J'entendais chaque coup de patin trancher la glace : sswwiiicchhh, sswwiiicchhh, sswwiiicchhh... J'ai regardé la glace une autre fois, puis j'y ai posé le pied. Et là, je me suis mis à pleurer. Tu n'as pas idée des émotions que je vivais en-dedans. »
Son coeur qui bat plus vite, Luc Lachapelle l'a même senti la veille de ce moment, quand il est allé sortir son équipement du garage pour aller faire affûter ses patins. « Juste l'odeur du stock de hockey m'a fait avoir hâte d'arriver dans la chambre avec les boys comme on le faisait avant. J'étais si excité que je n'ai pas été capable de dormir de la nuit. C'était comme une grande victoire qui s'en venait pour moi. »
De la fatigue...
Pour mieux comprendre sa « victoire », reportons-nous vers la fin de l'été 2008. Lachapelle terminait les travaux d'aménagement paysager qu'il avait promis de faire à sa fille, Valérie, qui venait de déménager dans sa nouvelle maison, à Repentigny. « J'en faisais un bout, puis il fallait que j'arrête parce que j'étais fatigué, raconte-t-il. Puis, le soir, j'étais encore plus fatigué, plus qu'à la normale. C'est à cette époque que ma fille m'a fait remarquer que j'avais les yeux jaunes et que je devrais passer des tests pour en avoir une idée claire. » 
Les premiers jours d'octobre 2008, Luc Lachapelle apprend qu'il a « quelque chose au foie, possiblement une tumeur ».
Qu'à cela ne tienne ! Il était prévu depuis longtemps qu'il allait à la chasse à l'orignal sur la Côte-Nord, dans la région de
Forestville, en compagnie de son père et de son fils Patrick, alors âgé de 29 ans. Il était hors de question pour lui de manquer ça. Surtout après avoir reçu une aussi mauvaise nouvelle. Et cela, même si son médecin l'avait prévenu d'un risque élevé d'hémorragie en cas de lésion.
Ce qui devait arriver arriva.
« En dépeçant la bête qu'on venait de tuer, je me suis fait une coupure à un doigt, dit-il. Ça n'arrêtait pas de saigner. Mon fils me regardait et me disait: Tiens le coup papa. Je ne veux pas que tu meurs icitte. Je me suis fait un garrot et j'ai tout fait pour cesser de saigner pendant que mon fils conduisait pour se rendre chez lui à Québec. Une fois arrivé chez lui, je l'ai assuré que je pouvais faire le reste du chemin tout seul. Je suis allé porter la bête chez le boucher et suis entré chez moi tout seul, à Montréal. Arrivé à la maison, j'ai pris une douche et je me suis rendu à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. J'avais mal partout. J'étais faible. J'ai été admis [à l'hôpital] et n'en suis ressorti qu'à la mi-novembre. »
187 points de suture
L'intervention chirurgicale visant à traiter son cancer a eu lieu le 14 octobre et a duré 10 heures.
Des heures interminables pour sa famille.
On lui a enlevé la vésicule biliaire et la moitié du foie. On a également éliminé des cellules cancéreuses dans le pancréas et des ganglions.
« Pour refermer la plaie, ils ont dû me faire 187 points de suture », précise Luc Lachapelle, en levant son chandail pour montrer la cicatrice qui partait de son côté droit presque dans la partie dorsale jusqu'au début du côté gauche de sa
cage thoracique.
Un mois et demi après l'opération, le poids de Luc Lachapelle chute de 235 à 160 livres. Sur 6' 2", il ne lui « reste plus grand viande autour des os », pour reprendre son expression.
À peine de retour à la maison, sa plaie est infectée. Il retourne à l'hôpital et y reste cinq autres semaines. Il s'ensuit une série de 11 traitements de radiothérapie et... l'espoir de vaincre cette si sournoise maladie.
Au cours de l'année qui a suivi, Luc Lachapelle a repris ses forces : « J'ai transformé mon garage en gymnase et je me suis forcé d'y aller, raconte-t-il. Les premières fois, j'en vomissais tellement j'étais encore malade. Mais le hockey m'a appris à rester fort, à persévérer. » 
Aujourd'hui, Luc Lachapelle s'entraîne quotidiennement, à raison de trois à quatre heures par jour. Il a repris son poids qui oscille maintenant autour de 225 livres et estime revivre. Son teint est celui d'un homme en santé.
Vivre pour deux
Luc Lachapelle a certes été inspiré par sa famille (il a deux enfants et quatre petits-enfants) et par son passé de battant. Mais il y a eu aussi cette lettre que lui a écrite un jeune homme (appelons-le Normand pour la circonstance).
Ce dernier, qui avait la moitié de son âge, a suivi les mêmes traitements de radiothérapie et en même temps que lui.
Normand n'a toutefois pas eu la même chance.
Ainsi, quelques jours avant sa mort, ce dernier a rédigé quelques phrases d'appréciation à l'intention de son ami « Bill » [le surnom de Luc Lachapelle] et a demandé à son épouse de lui transmettre ses écrits.
En voici un court extrait : « Quand tu liras cette lettre, je serai mort, mais je ne t'oublierai jamais même dans les cieux... Continue à vivre pour nous deux et demeure authentique comme je t'aime. »
« À partir de ce moment-là, j'ai commencé à vivre pour deux, commente Luc Lachapelle, visiblement ému. Imagine, je ne connaissais pas ce gars-là avant qu'on commence nos traitements, puis là, il me traite comme un frère. Cette lettre-là me touche énormément et je la relis régulièrement pour me remonter quand j'en sens le besoin. »
Après une pause, il me fixe droit dans les yeux et affirme : « Tu sais Daniel, quand tu passes une épreuve comme celle-là [son cancer], tu changes de mentalité. Tu apprends à respirer, à apprécier tout ce qu'il y a de bien autour de toi, à apprécier chaque moment de la vie. »
À présent, non seulement Luc Lachapelle vit-il pour deux, il revit. Il voit son retour à la santé comme un commencement. « Même au début de ma maladie, je me suis toujours dit que j'allais patiner de nouveau, conclut-il. Alors aujourd'hui, je patine ! »
Et il aime ça.
Top 5 des choses à faire pour éliminer les coups à la tête

Justin K. Aller/Getty Images
1-Que les arbitres soient plus constants dans leurs décisions.
2-Que la règle soit changée par les autorités compétentes.
3-Que le préfet de discipline Colin Campbell « mette ses culottes ».
4-Qu'on protège mieux les vedettes de la ligue.
5-Qu'on abolisse la règle de l'instigateur.
Arbitre, oui, mais pas parent de remplacement
Pour ceux qui s'en souviennent, Luc Lachapelle a fait partie du groupe d'officiels de remplacement employés par la Ligue nationale durant la grève des arbitres de 1993. Il a pris part à une dizaine de rencontres, assez en fait pour s'attirer une demande de son fils Patrick. 
« Il m'avait dit qu'il aurait été fier de voir son père arbitrer dans la Ligue nationale, mais avant de partir pour mon premier match, il m'a dit : Plante-toi pas papa, sinon c'est moi qui va se faire écoeurer à l'école. »
Tout s'est toutefois bien déroulé. Si bien que la LNH a offert à Lachapelle l'opportunité de rester. « Ce n'est pas ça qui était important pour moi, c'était la famille, affirme-t-il. Je tenais à être présent pour mes enfants et je n'avais pas le goût de partir. D'autant plus que j'avais un bon emploi comme éducateur physique au pénitencier Montée St-François à Laval. Finalement, j'ai fait le bon choix... »
À quand sa place au panthéon de la LHJMQ ?
Selon les chiffres apparaissant dans le site Internet de la LHJMQ, Luc Lachapelle vient au deuxième rang des arbitres ayant officié dans le plus de matchs réguliers au cours de leur carrière avec 746, 23 de moins qu'Éric Charron et 196 de plus que Luc Miville.
Lors des séries éliminatoires, Lachapelle surclasse tous ses pairs outrageusement avec 37 matchs de plus que Miville.
Au fond, si on ajoutait une trentaine de parties régulières et une dizaine en éliminatoires par saison au cours des trois années qui manquent au répertoire du circuit à cet égard (voir tableaux), aucun arbitre n'aurait officié dans plus de matchs que Luc Lachapelle dans la LHJMQ.
De plus, le Montréalais de l'arrondissement Pointe-aux-Trembles a été appelé à officier dans des matchs de la coupe Memorial à six reprises et a arbitré la finale trois fois.
Compte tenu de son palmarès et de sa contribution au bon déroulement des activités de la LHJMQ, il y a certainement lieu de se demander à quel moment Luc Lachapelle sera enfin intronisé au panthéon de la Ligue de hockey junior majeur du Québec.
Il serait à souhaiter que ça se fasse de son vivant.
Joueurs et bâtisseurs intronisés LHJMQ
