Un des meilleurs cinéastes au Canada s'appelle Atom Egoyan.
Monsieur Egoyan est né en Égypte en 1960 et comme vous le devinez à la consonance de son nom, il est d'origine arménienne. Il a grandi dans la région de Victoria, en Colombie-Britannique. Atom Egoyan a reçu de nombreux prix dans plein de festivals. Felicia's journey a été en nomination pour la Palme d'or à Cannes en 1999. Deux ans plus tôt, le cinéaste gagnait trois prix à Cannes avec The Sweet Hereafter.
En 1993, Egoyan n'était pas encore connu quand il a écrit et réalisé
Gross Misconduct, un film produit pour la télévision qui a été diffusé à la CBC, un dimanche soir. Un véritable film coup de poing qui levait le voile sur la vie et la mort d'un athlète plus que tourmenté, Brian Spencer, un ailier gauche de 5'11" et 175 livres. Spinner Spencer aura connu une carrière de 10 ans dans la Ligue nationale, soit 553 matchs avec les Maple Leafs, les Islanders, les Sabres et les Penguins.
Il a récolté 80 buts, 143 passes et 634 minutes de pénalité. Un joueur agressif à la Dale Hunter, un brasseur, le type qu'on appelle aujourd'hui le joueur d'énergie. 
Encore tout jeune, son père l'a amené sur une colline qui surplombait la ville de Fort Saint-James, en Colombie-Britannique, et lui a dit : « Tu vois la misère qu'il y a ici au Fort, tu as le choix : soit tu vis ici, tu manges de la
shnoutte et tu crèves, soit tu te grouilles le cul et tu deviens un joueur de hockey. Ne laisse jamais personne te nuire dans ta quête. Si tu dois arracher des têtes, arraches-en ! »
Brian et son frère jumeau Byron ont été drillés très tôt et leur père (un mécanicien de grand talent et très reconnu) a travaillé leur endurance. Il les forçait à se battre entre eux et à se violenter de toutes leurs forces. Très tôt aussi, les deux frères ont sombré dans l'alcoolisme. Au point où Brian a été envoyé à l'adolescence dans une école de réforme et dans quelques foyers d'accueil.
Brian Spencer était très violent sur et en dehors de la glace. Mais il n'était pas dépourvu de talent, au point où les Leafs l'ont repêché. Il a grimpé avec la grosse équipe à 21 ans et, immédiatement, est devenu un favori de la presse et du public.
On l'a surnommé Spinner Spencer.
En furie parce que le deuxième match de son fils en carrière avec les Leafs était télédiffusé partout au Canada sauf en Colombie-Britannique - et qu'en plus son fils allait être interviewé par la télévision nationale - le père Spencer s'est rendu, armé, à la station de télé locale où il a tenu en otages quelques techniciens jusqu'à ce que les agents arrivent et l'abattent à sa sortie des lieux. Il est donc mort sous les balles d'agents de la GRC.
Au match suivant qui, cette fois, était diffusé d'un océan à l'autre, Spencer inscrivait un tour du chapeau devant le fauteuil vide de son père.
À l'âge de 29 ans, la carrière de Brian Spencer dans la LNH était chose du passé. Il est parti pour la Floride, s'est trouvé un emploi comme aide mécanicien et il a sombré dans la déchéance, multipliant les vols, les bravades, les relations avec les prostituées et les roulottes humides des parcs de la Floride.
En 1987, il a été accusé de meurtre et de kidnapping. Jugé dans le conté de Palm Beach, il était passible de peine de mort, mais a été relâché, faute de preuves.
Après avoir joué pendant plus de 10 ans dans la LNH, ce père de cinq enfants issus de deux mariages a fini ses jours abattu par un voleur, à Riviera Beach, lors d'une transaction de cocaïne qui a mal tourné. Il avait 38 ans.
Si jamais vous pouvez le trouver, le film est spectaculaire : Gross Misconduct, d'Atom Egoyan.
C'est la vie, la carrière et la déchéance de Brian
Spinner Spencer, mon ailier gauche.