Les entraîneurs de l'équipe canadienne ont vécu une pression surnaturelle au cours de ce tournoi. Après la défaite face aux Américains au tour préliminaire, le scepticisme s'est installé à Vancouver et, déjà, les critiques étaient nombreuses et quelques fois très sévères à l'endroit de certains joueurs, dont le gardien de but Martin Brodeur.
L'entraîneur Mike Babcock a donc décidé de remplacer le grand Brodeur par Roberto Luongo pour le reste du tournoi. Celui-là même de qui l'on disait qu'il n'avait jamais gagné de gros match allait enfin avoir la chance de se faire justice.
Au moment de la décision, personne n'imaginait un tel dénouement ! Ce fût probablement la décision la plus difficile à prendre pour le personnel d'entraîneurs. C'était cependant un premier pas vers la stabilité recherchée, vers l'identité qu'allait prendre cette équipe.
Les Russes, le point tournant 
La victoire face à l'Allemagne allait alléger la pression qui pesait sur les épaules de l'équipe du Canada.
Une performance toute en offensive qui a permis aux entraîneurs de finalement trouver des compagnons de trio pour Sidney Crosby. Le rassemblement du grand Eric Staal, de Jarome Iginla et du jeune Crosby allait être l'élément déclencheur de la force de frappe de l'équipe de Steve Yzerman.
Parmi tous les joueurs qui composaient son équipe, le jeune Jonathan Toews s'est avéré la plus belle surprise. Yzerman en avait fait son protégé. Il n'y a pas eu une seule journée où il n'a pas prodigué ses précieux conseils à Toews. En compagnie de Richards et Nash, ils auront été au coeur du succès canadien.
Malgré une victoire décisive face à l'Allemagne, quelques doutes subsistaient encore dans la tête des joueurs. Pour les effacer, il fallait se mesurer à la Russie. C'était le premier vrai match « à pression » du Canada.
La première période de ce match demeurera parmi les plus beaux souvenirs de ma carrière d'analyste ! Avec la remontée mémorable du Canadien face aux Rangers le 19 février 2008, jamais je n'avais vu un tel raz-de-marée offensif ! Cette période représente le point tournant pour les Canadiens.
À partir de la deuxième période de cette confrontation, on pouvait sentir la confiance s'installer et la personnalité de cette équipe prendre forme. La jeunesse allait prendre sa place dans le vestiaire. Enfin, c'est ce que j'ai ressenti : à la défense, Drew Doughty et Duncan Keith ont joué un rôle essentiel dans le modelage de cette identité d'équipe.
Les planètes «s'alignent» ! Dans un tournoi olympique, il faut que la chance soit au rendez-vous ! Lorsque la Slovaquie a éliminé la Suède (qui avait jusque-là une fiche parfaite), la porte venait de s'ouvrir pour les Canadiens ! Ironiquement, lors de la dernière conquête de la médaille d'or à Salt Lake City (2002), c'était encore l'élimination de la Suède par la Biélorussie qui avait permis au Canada d'éviter la confrontation face à la puissante formation suédoise.
La victoire face à la Slovaquie fut cependant acquise de justesse grâce à un arrêt de Roberto Luongo aux dépens de son coéquipier chez les Canucks, Pavol Demitra, avec moins de 10 secondes à faire dans le match !
Je crois que, pour Luongo, cet arrêt effectué en fin de match a été déterminant pour la suite des évènements.
Le match des matchs Les Américains face à notre équipe en grande finale, c'était le scénario rêvé pour toute la planète hockey, mais également pour le monde de l'olympisme.
Une quatorzième médaille d'or aux Jeux d'hiver allait permettre au Canada de battre le record de 13 détenu par la Norvège, en 2002. La table était donc mise pour un moment historique !
Je ne me souviens pas d'avoir assisté à un match aussi relevé sur les plans du rythme et de l'exécution. Pourtant, malgré un tempo endiablé, certains vétérans plutôt absents depuis le début du tournoi ont offert une performance sans bavure !
Scott Niedermayer et Chris Pronger ont justifié leurs sélections respectives en connaissant leurs meilleurs moments du tournoi en finale. J'ai particulièrement apprécié le jeu de Niedermayer. Son calme et son aplomb avec la rondelle m'ont rappelé les belles années de Paul Coffey portant le chandail de l'équipe canadienne.
À mes yeux, il est le meilleur défenseur des 15 dernières années et il se retirera avec deux médailles d'or olympiques à son palmarès, en plus de ses nombreux autres titres.
Un grand but par un grand joueur Dans les grands moments, les grands joueurs se lèvent ! Les meilleurs réussissent là où les autres disparaissent.
Malgré un tournoi moyen, Sidney Crosby a trouvé une façon de faire la différence. Dans un premier temps, en ronde préliminaire, il est venu briser l'égalité pour donner la victoire à son équipe en fusillade, face à l'un des meilleurs gardiens du tournoi, le Suisse Jonas Hiller.

Ensuite, c'est en grande finale que Crosby est venu écrire une page d'histoire en donnant la victoire à son équipe, en prolongation. Selon moi, c'est la plus grande victoire du hockey canadien depuis la Série du siècle en 1972.
Je crois que les Russes auront toujours une certaine amertume en revoyant Paul Anderson éliminer leurs favoris sur la glace du Palais Luzhniki. Cette image reviendra constamment ternir l'excellence du hockey russe !
C'est d'ailleurs pour cette raison que la défaite en sol canadien de notre équipe, face aux Américains, était si terrifiante !
Le but de Crosby est donc, selon moi, le but le plus important jamais marqué en sol canadien !
Place aux jeunes !
Le hockey Américain fait des pas de géant et son ascension est constante. Les récents succès de son équipe junior laissent entrevoir d'autres grandes batailles entre ces deux grandes puissances du hockey international. Les Suisses sont également en progression, mais il semble que la situation se détériore dans certains pays. 
En Russie, un bras de fer entre la Fédération et les dirigeants de la KHL pourrait bien venir compliquer le travail de l'entraîneur Bikov lors de sa prochaine sélection olympique. La rumeur circule à l'effet qu'il se serait fait un peu forcer la main à propos de certaines sélections de joueurs provenant de la KHL. En Suède et en Finlande, la relève est plutôt faible et les derniers résultats au Championnat du monde de hockey junior laissent les dirigeants de ces deux pays plutôt inquiets.
Quant à la Slovaquie, elle perdra au moins neuf vétérans. Malgré son meilleur classement à vie aux Olympiques avec sa quatrième place, rien de bon n'est à prévoir pour ce petit pays à la grande fierté.
Chez nous, il faut se réjouir des deux médailles d'or de nos deux équipes de hockey. Les prochains Jeux (Sochi, 2014) seront donc, encore une fois, remplis de surprises. Mais les pays comme le Canada, les États-Unis, la Russie et la Suisse, qui ont amorcé le virage jeunesse, sont d'ores et déjà en avance sur les autres. Pour moi, ce fut un réel plaisir de renouer avec le hockey international et surtout d'être un témoin privilégié d'un but dont on parlera pour des années à venir. Merci et...à la prochaine, je l'espère !