Daniel Caza

Il ne manque plus que la grande rivalité

15 juin 2010

Jamais la Ligue nationale n'aura eu un meilleur produit à offrir aux amateurs de hockey que lorsque renaîtra - et ça semble bien se dessiner ainsi - la rivalité Québec-Montréal !

Avez-vous aimé le spectacle qui nous a été offert dans le cadre des séries éliminatoires de la Coupe Stanley ?

Moi, j'ai adoré. Et cela n'a rien à voir avec le fait que Raphaël Doucet et moi avons fait la prédiction en août dernier (sans se consulter je vous jure), que les Blackhawks de Chicago et les Flyers de Philadelphie allaient s'affronter en finale de la Coupe Stanley.

Non, j'ai bien aimé ce que j'ai vu parce que non seulement le Canadien a été l'équipe Cendrillon de la « vraie saison » et a ramené sur terre des formations aussi puissantes que les Capitals de Washington et les Penguins de Pittsburgh, mais aussi en raison du fait que plus ça va, meilleurs et plus doués me semblent les joueurs de la LNH.

Bien qu'il y ait longtemps qu'on ne parle plus des Big Bad Bruins et des Broadstreet Bullies, on reste encore sous l'impression que les équipes doivent aligner des bagarreurs pour aller loin dans les éliminatoires.

Heureusement, ce n'est plus qu'une impression.

Regardez les Flyers et les Blackhawks. Ont-ils des joueurs embauchés spécifiquement pour faire régner l'ordre et le respect de l'adversaire ? Pas du tout. Ces joueurs ont été remplacés par des « joueurs d'énergie » ; des joueurs dont la présence sur la patinoire a le double effet de déranger l'adversaire et de raviver les ardeurs de leurs coéquipiers.

Ce que ça donne ? C'est que le jeu est plus rapide et plus excitant que jamais. On constate aussi que les joueurs habiles peuvent davantage exprimer leurs talents et faire mieux paraître des coéquipiers moins privilégiés par la nature.

Comment rendre le produit plus excitant ?

Vous vous ennuyez des bagarres ? Faites-en votre deuil. Cette époque est révolue. Mais comment faire alors pour créer un produit qui sera encore meilleur et plus excitant pour les spectateurs ?

L'enrober par une mise en scène d'ouverture de spectacle de haute qualité ? Par une ambiance fabriquée à partir de jeux de lumières et d'images sur des écrans géants accompagnés de sons amplifiés par des moyens technologiques parmi les plus avancés ?

On a déjà tout ça. Alors, qu'est-ce qui manque pour atteindre le prochain niveau ?

L'un de ces moyens pourrait bien être de créer ou de faire revivre de grandes rivalités. À cet égard, celle qui a opposé les Nordiques au Canadien dans les années 80 et 90 est certainement la plus forte que la LNH ait connue. Il y a eu aussi celle de l'Alberta, entre les Oilers d'Edmonton et les Flames de Calgary. À une certaine époque également, les joueurs des Blues de St. Louis et des North Stars du Minnesota se haïssaient mutuellement au point de s'en confesser.

Mais c'est vraiment depuis le départ des Nordiques pour le Colorado que nous ne ressentons plus, du moins ici à Montréal, un réel esprit de rivalité entre le Canadien et une autre formation en particulier.

Le commissaire Gary Bettman a bien essayé de nous enfoncer dans la gorge que les Sénateurs d'Ottawa et le Canadien pourraient être de grands rivaux. L'avez-vous senti une seule fois dans votre vie ?

Les Bruins de Boston et les Maple Leafs de Toronto n'ont jamais été de grands amis du Tricolore, mais ce n'est rien encore à comparer à l'immense intensité qui régnait au Forum ou au Colisée quand la gang à Ronald Corey affrontait celle de Marcel Aubut. Imaginez, ça se battait même sur la galerie de presse !

Personne ne souhaite - même si ce n'est que pour le respect de la profession - qu'on en revienne à ça. Ou à un autre match du Vendredi Saint.

Mais pour ce qui se passe en fait de qualité de hockey sur la patinoire et dans les bureaux de deux organisations en quête d'excellence à tous les niveaux, on ne pourrait demander mieux.

Comme on peut le constater à la une de notre dernier numéro de la saison 2009-2010, ce devrait être autour de PK Subban que le Canadien bâtira son avenir. Il y a un an, c'était autour de Carey Price... Alors, il ne faut pas s'exciter trop vite.

Du côté de Québec, l'avenir semble passer par PK Péladeau. Pierre Karl de son prénom est maintenant bien connu par les autorités de la LNH. Il a l'appui du maire Régis Labeaume. Il a celui de Jean Charest. Normalement, celui de Stephen Harper devrait suivre. Et finalement, il a l'appui des amateurs de hockey de la Vieille Capitale.

Reste que son plus fort argument pour aller chercher une organisation de la LNH pour l'implanter à 250 kilomètres du royaume du Canadien, c'est son réseau de télévision, TVA Sports, qu'il doit alimenter avec un produit qui fera concurrence au hockey du Canadien à RDS. Or, pour la LNH, les gros revenus proviennent de la télévision.

La renaissance de la rivalité Québec-Montréal ? Ce pourrait donc être pour très bientôt.

En attendant, remercions tous ces dépisteurs, entraîneurs et directeurs généraux qui ont mis sur pied des formations aussi spectaculaires à regarder durant les séries éliminatoires.

Le printemps a paru moins long...