Deux interventions chirugicales au dos, une à l'abdomen et deux autres aux épaules. Et ça, c'est sans compter les contusions, les élongations musculaires et les claquages et ligaments tordus. Les commotions cérébrales, les maux de tête et les points de suture au visage.
Malgré toutes ces blessures, Patrice Brisebois a encore le goût de jouer au hockey comme jamais. Même après 991 matchs réguliers, 82 matchs des séries éliminatoires et le double de parties hors concours. Même après ces innombrables heures passées au gymnase ou en traitements médicaux. Même après avoir accepté une baisse de salaire plus qu'appréciable pour demeurer dans la Ligue nationale et, surtout, pour revenir au sein du Canadien de Montréal.
« Quand je me regarde tout nu dans un miroir, c'est vrai que je vois pas mal de zippers, confirme le vétéran âgé de 38 ans. Je vois un corps qui a beaucoup de millage. Alors, s'il faut décrire en un seul mot ce que représente pour moi 1000 matchs dans la Ligue nationale, c'est «persévérance.» Je n'en vois pas d'autres. »
La couenne dure
Bien peu d'observateurs auraient cru Brisebois capable de jouer aussi longtemps au sein du circuit Bettman. Et surtout pas avec le Canadien, duquel il a été chassé en quelque sorte par le comportement indigne de spectateurs désireux d'avoir sa peau. Mais le numéro 71 a la couenne plus dure qu'on pense.
« Après ma deuxième opération au dos pendant ma deuxième saison au Colorado, il y en a qui pensaient que j'étais fini, raconte Brisebois. Ils disaient que je ne pouvais pas revenir, à l'âge de 36 ans. Mais Bob Gainey a pris une chance avec moi et je lui en suis reconnaissant. »
Il n'a pas obtenu un contrat aussi rémunérateur qu'au Colorado, touchant 700 000 $ pour un an. Cette année, un autre contrat d'un an lui a été consenti, cette fois pour 750 000 $. Dans le marché fou d'aujourd'hui, Brisebois représente certes une aubaine, mais cela n'affecte pas son moral.
« Comme tout le monde, c'est sûr que j'aimerais avoir plus d'argent, mais il n'y a pas que l'argent qui compte, affirme-t-il. Je fais un métier que j'aime et je le fais avec passion. Est-ce que je vais me retirer à la fin de la saison ? Est-ce que je vais poursuivre une autre année ? Ça, je ne le sais pas. Je vais évaluer tout ça à la fin de la saison. Atteindre 1000 matchs est un objectif personnel, mais mon but ultime est de gagner la coupe Stanley. »
Pour Brisebois, la conquête de la coupe Stanley, en juin 1993, constitue « sans contredit » le meilleur souvenir de sa carrière et il aimerait bien répéter l'expérience avant de cesser de jouer pour de bon.

Mais la retraite ne devrait pas être pour demain. D'autant plus qu'il admire ce que réussissent à faire les Chris Chelios (46 ans) et Claude Lemieux (43 ans). « Chelios est une machine, dit-il. C'est sûr qu'il joue pour une bonne équipe, mais il réussit à faire le travail qu'on lui demande avec cette bonne équipe-là. Et Claude Lemieux, j'ai aussi énormément de respect pour lui. Revenir au jeu après cinq ans d'absence, à 43 ans...Quand on joue des séries de trois matchs en quatre soirs, il y a des matins que je me lève et que je suis «racké.» Alors, j'imagine que ces deux-là doivent l'être aussi des fois. »
Une ligue sans respect
Parlant de respect, Brisebois n'en ressent pas beaucoup de ses adversaires : « Du respect ? Il n'y en a plus dans la Ligue nationale. Les jeunes ne regardent pas l'âge du gars qui a la rondelle avant de le frapper...
« Puis, poursuit-il du même souffle, les nouvelles règles leur permettent de foncer sur nous [les défenseurs] à toute vitesse pour nous frapper. Auparavant, dans l'ancien hockey, notre partenaire à la défense pouvait causer un peu d'obstruction pour ralentir le joueur qui était en échec avant. Mais plus maintenant. Il faut donc que nos pieds bougent tout le temps, que nous soyons plus rapides et que nous prenions nos décisions plus vite que lorsque j'ai commencé à jouer dans la ligue. »
Pour améliorer son coup de patin et avoir un physique plus résistant nécessaire à tout joueur du niveau de la LNH aujourd'hui, Patrice Brisebois s'est astreint à un programme d'exercice et d'alimentation des plus rigoureux.

« Atteindre la condition physique nécessaire pour le tout premier jour du camp d'entraînement exige qu'on fasse des sacrifices, c'est sûr, indique-t-il. Alors, chaque jour l'été dernier, j'ai fait le trajet Mont-Tremblant - Rosemère pour aller m'entraîner sous les directives de mon entraîneur personnel, Stéphane Dubé.
« Avec les années, Stéphane est devenu plus qu'un entraîneur, il est devenu mon ami, mon confident, précise Brisebois. Alors, quand ça me tente moins d'aller m'entraîner, je pense à lui. Il travaille fort pour que je puisse acquérir la forme et l'énergie dont j'ai besoin [pour jouer dans la LNH]. Je me dis que je ne peux pas le laisser tomber et ça m'apporte une motivation supplémentaire. »
Brisebois est conscient du fait qu'il ne rajeunit pas. Mais un tel constat apporte ses bienfaits. Des bienfaits comme vivre au jour le jour, faire ce qu'il faut aujourd'hui pour réussir demain et apprécier chaque beau moment que la vie lui apporte.
Ce sont-là des valeurs qu'il met lui-même en pratique et qu'il tente de transmettre à son épouse, Michèle Gaule-Brisebois, et leurs deux filles, Alexandra, 9 ans et Patricia Rose, 6 ans.
Qu'est-ce que tout ça signifie ? Eh bien... Quand on approche les 1000 matchs, on peut dire qu'on en a appris, des choses...