Commençons par une devinette. La plupart des équipes de la Ligue nationale ont procédé au retrait de certains chandails, question d'honorer la mémoire des joueurs qui les ont portés.
Une seule équipe de la LNH n'a retiré que des chandails ayant appartenu à des Québécois francophones. Laquelle ? Réponse : les Penguins de Pittsburgh. 
Ils ont retiré le 66 du magnifique Mario Lemieux, bien entendu, et aussi le 21, le chandail de mon joueur de centre, le Québécois de Malartic, en Abitibi, Michel Brière.
Brière avait passé deux saisons à faire la pluie et surtout le beau temps avec les Bruins de Shawinigan, ancêtres des actuels Cataractes.
Il a joué 100 matchs avec la formation junior et a compté 125 buts, participé à 200 autres, pour un total de 320 points.
Début fracassant En 1969, les Penguins l'ont repêché en troisième ronde, le septième Québécois choisi lors de cette séance. Les six devant lui étaient Marc Tardif et Réjean Houle par le Canadien, André Dupont par les Flyers, Jean-Pierre Bordeleau par Chicago, Pierre Jarry par les Rangers et Gilles Gilbert par les North Stars du Minnesota.
Dès l'automne suivant, à 20 ans, les Penguins ont remis le chandail 21 à Brière. Il a connu une excellente saison recrue : 12 buts et 32 passes, troisième pointeur de son équipe, en plus de s'être distingué en séries éliminatoires, avec cinq buts et trois passes en 10 matchs. Partout dans la ligue, on parlait de lui comme du prochain flying frenchman tout étoile.
Successeur de tous les autres francophones qui ont fait de notre nation une mine de talent.
Michel Brière allait devenir l'héritier des Richard, Béliveau, Geoffrion, Cournoyer, Rod Gilbert, Jean Ratelle et bien d'autres.
Bientôt marié Après cette saison hors du commun, et qui lui ouvrait une porte sur l'avenir, Brière est revenu au Québec. Question de couronner son année exceptionnelle, il allait se marier avec sa blonde de toujours, Michèle, avec qui il avait déjà un fils, Martin.
Le mariage devait être célébré le 6 juin 1970.
Trois semaines plus tôt : mi-mai, Michel Brière roulait dans sa rutilante Mercury Cougar de l'année, ORANGE. Il était à 70 kilomètres de Malartic lorsque sa voiture a fait une embardée. Son corps a été projeté plusieurs mètres plus loin. Les ambulanciers arrivés sur place dans les heures qui suivirent ont constaté qu'il était victime de nombreux traumatismes.
Comble de malchance, en rentrant en trombe vers l'hôpital de Val-d'Or, l'ambulance a frappé et tué sur le coup un jeune cycliste de 18 ans, dénommé Raymond Perreault.
Perreault et Brière étaient, ironie du sort, des amis d'enfance.
Michel Brière est resté dans le coma pendant presqu'un an. Après quatre opérations au cerveau, il a finalement rendu son dernier souffle le 13 avril 1971. Il avait 21 ans.
Pendant toute la saison 1970-1971, les Penguins transportaient l'équipement du jeune hockeyeur et son chandail 21 lors de tous les voyages. Quand il a perdu son combat, ils ont immédiatement retiré son chandail. Jamais personne ne portera à nouveau le numéro 21 avec les Penguins.
Et, aujourd'hui, la Ligue de hockey junior majeur du Québec remet annuellement à la meilleure recrue du circuit le trophée Michel-Brière. En l'honneur de mon joueur de centre.
Crédit photo: Pittsburgh Penguins Archives