Heureusement, la première neige s'est pointée vers la troisième semaine de ce mois des morts et ne laissait aucun doute sur la résolution de l'hiver de s'installer pour plusieurs mois.
Si cela faisait rager les adultes en général, pour une majorité de ti-bouttes comme moi, amants du hockey au point de passer l'hiver dehors, cette perspective de voir les patinoires extérieures voler à notre secours entre nos séances organisées à l'aréna était stimulante au possible.
Puis, un jeudi soir vers la fin du mois, lorsque déjà plus d'un pied de neige recouvrait le sol, débarquement en règle à la maison dans la courbe de la rue Simonds. Quatre de mes oncles habillés en esquimaux et armés de leurs grosses pelles et de deux boyaux d'arrosage de 100 pieds venaient investir le terrain arrière dans le but d'y construire une patinoire ! Instantanément, ils m'ont fait architecte de mon Forum à moi, avec pour première mission de convaincre le voisin de droite de nous permettre d'étendre la patinoire sur son terrain aussi.
En moins de temps qu'il n'en a fallu à ma mère pour préparer un silex de chocolat chaud pour tout le monde, j'avais obtenu un droit de passage sur le terrain du voisin et, dans la neige folle et fraîche et à la demande de mes oncles, je traçais en marchant le contour de LA patinoire ! 
Je me rappelle leur stupéfaction devant la grandeur demandée, quelque chose comme 120 pieds de long par 40 pieds de large. Mais en même temps, moi qui les savais hommes de défi qui n'allaient pas reculer, je tenais sous mes bottes d'hiver lunaires Acton la clé d'un hiver dont j'allais me souvenir le reste de mes jours.
Trois heures plus tard (il était passé 22 h), on rembobinait les boyaux après avoir donné une première grosse couche d'eau sur la neige savamment écrasée à l'aide de la grosse pelle deux places dans laquelle j'avais pris place, comme si je conduisais la Zamboni...
Durant une semaine et à tous les soirs, deux de mes oncles se relayaient afin de venir ajouter une couche d'eau à la précédente et, dans la première semaine de décembre, j'ai reçu l'autorisation de tester la glace en premier, à l'aide de mes Micron métalliques munis de l'isolant de foam qui assurait une laideur affolante en même temps qu'un confort ajouté essentiel pour des matchs en plein air à cette époque.
Quel feeling extraordinaire !
Je ne sais pas quel rôle ma dévouée mère a joué dans ce projet, mais avec le recul aujourd'hui, je présume fort bien que ce soit elle qui ait parlé de ce projet un peu fou à mes oncles, question de me permettre de m'extérioriser un peu et ainsi d'accentuer mon insertion dans ce nouveau quartier rempli de Flower, Shutt et Lemaire, mais désormais aussi de Goulet et Stastny à la suite de mon arrivée...
Le reste de l'hiver a été long, mais jouissif !
Ne nous restait qu'à écrire l'histoire, ce qui a été fait et très bien fait merci !
Le rituel ressemblait à ceci : 16 h, arrivée de l'école après avoir fait mes devoirs dans l'autobus. J'enfile mes Micron et je vais casser la glace vive. À 17 h, entrée avec protège-lames à la cuisine pour souper en vitesse et finir les devoirs.
À 18 h, arrivée des voisins du quartier au vestiaire, dans le hall de la maison. À 18 h 15, échauffement d'avant-match.
À 18 h 30, duel au sommet entre les forces en présence. À 21 h, fin des hostilités. À 21 h 15, mise en place d'au moins deux pouces d'eau sur la glace, question de lui permettre de se refaire une beauté, celle-là même à laquelle j'allais rêver toute la journée du lendemain sur les bancs de cinquième année à l'Assomption, sachant qu'elle allait à mon retour de l'école se faire désirable au possible, lisse et vive...Et ainsi de suite tous les jours, avec programme triple les week-ends, jusqu'au 31 mars 1982, jour de notre dernier match, le septième de la finale au meilleur de sept entre les deux mêmes équipes.
En troisième période, on freinait dans le gazon un peu, mais on est parvenus à disputer ce match en entier, duel qui s'est avéré mémorable, à l'instar de tous les précédents lors de cet hiver dont je me souviens et souviendrai toujours avec nostalgie et émotion, puisqu'il a été mon plus bel hiver !