CHRONIQUEURS

You're a frog, I'm a frog...

10 décembre 2009

Au milieu de tous les problèmes qui minaient le Canadien au début de son premier séjour à Montréal, Bob Sirois en a rajouté en publiant un livre choc intitulé «Le Québec mis en échec». Ce livre, qui se veut plus une grande étude statistique et un travail universitaire qu'un pamphlet émotif, a fait jaser. Beaucoup! Mais trop souvent pour les mauvaises raisons.

Dans son travail monacal, Sirois relève des chiffres, plein de chiffres, des tas de chiffres pour démontrer que le nombre de Québécois évoluant dans la LNH est en baisse. Il a raison.

Dans ses grandes recherches, Sirois démontre aussi qu'à la belle époque de la rivalité Canadien-Nordiques, les Québécois avaient plus de débouchées dans la LNH.

Il a bien sûr raison. Remarquez qu'il ne faut pas être docteur en mathématiques pour arriver à cette conclusion.

Mais Bob Sirois - en passant pourquoi Bob et pas Robert - et son livre ratent la cible quant au message que ce grand rapport statistique aurait dû lancer.

Le Québec mis en échec voulait dénoncer la « discrimination » dont sont victimes les Québécois par rapport aux Canadiens-anglais dans la LNH. Mais de quoi a-t-on entendu parler après sa publication ?

Des sorties aussi nombreuses qu'imbéciles de Don Cherry à l'endroit des petits et peureux Québécois. Des insultes racistes lancées aux fucking frogs  évoluant dans la LNH. De l'incompétence du Canadien de Montréal qui tourne le dos aux jeunes Québécois évoluant dans sa cour au profit d'autres jeunes évoluant dans le Rest of Canada, dans les High School américaines ou dans un petit village de la Suède, de la Finlande ou de l'ancienne Grande Russie. Des anecdotes nombreuses qui témoignent depuis toujours du fait que les Québécois, même s'ils sont des vedettes, sont souvent des joueurs de deuxième classe.

Mais la discrimination, la vraie, et les explications pour l'appuyer ont passé loin derrière ouvrant ainsi la porte à l'accueil glacial réservé à ce document par nos « amis » du Rest of Canada.

N'allez pas croire que je prétends qu'il n'y a jamais eu de discrimination à l'endroit des Québécois qui ont souvent dû prendre leur trou, travailler deux fois plus fort que les autres pour finalement se faire botter le derrière.

Ça non !

Les exemples de joueurs juniors qui ont passé les Fêtes à pelleter et à manger de la dinde alors qu'ils auraient dû défendre les couleurs du Canada dans le cadre d'un Championnat du monde sont bien trop nombreux pour oser prétendre le contraire.

Et le fait que près de la moitié des équipes de la LNH juge qu'il n'est pas nécessaire de payer un recruteur de jeunes talents pour qu'il épie les faits et gestes des jeunes évoluant dans la Ligue de hockey junior du Québec est un autre signe de « discrimination » à l'endroit du Québec.

Mais au lieu de simplement crier à la discrimination, il faudrait se demander pourquoi ces équipes jugent bon tourner le dos au Québec.

Et si la réponse est : parce qu'il y a plus de jeunes talents à découvrir aux États-Unis, au Canada anglais et en Europe, il serait grand temps de cesser de se plaindre et de prendre les moyens pour recommencer à développer des joueurs susceptibles d'intéresser la LNH. 

Exceptions faites du ou des quelques surdoués qui se pointent année après année, le niveau moyen d'excellence des joueurs que le Québec propose à la LNH fluctue à la baisse.Tout comme le nombre de joueurs tout court. Les conséquences sont donc inévitables. 

Et vous savez quoi ?         

Ça risque de se compliquer davantage au fil des prochaines années. Et pas seulement pour le Québec, mais pour le Rest of Canada aussi car, un jour, la théorie des grands nombres finira par prendre le dessus.

Le hockey est en pleine expansion aux USA. Sport réservé aux plus fortunés, le hockey pourrait se  démocratiser si jamais il réussit une percée au niveau de sa popularité.

Et lorsque cela arrivera, et qu'il y aura deux, trois ou quatre fois plus de petits Américains qui joueront au hockey que de Canadiens-anglais, la disproportion dénoncée dans ce livre se reflétera aussi dans les comparaisons entre le Rest of Canada et les USA.

De toute canadienne - ou presque - qu'elle était jusqu'au milieu des années 1970, la LNH l'est aujourd'hui qu'à un peu plus de 50 %.

Des 210 joueurs repêchés au Centre Bell en juin dernier, 102 venaient du Canada, 55 des États-Unis et 53 de pays européens. Est-ce le résultat d'une discrimination ou d'une nouvelle réalité ?

J'ose croire que ce livre se veut plus qu'un simple échange de taloches entre le Québec et le Canada. Car on le voit bien, le danger qui guette le hockey québécois va bien au-delà des ragots de Don Cherry. 


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