VOYAGE

Xcel Energy Center | St. Paul | Minnesota

16 janvier 2009

Lorsqu'ils posent les yeux sur les joueurs assis devant eux sur le banc du Wild du Minnesota, Jacques Lemaire et Mario Tremblay doivent composer avec l'un des uniformes les plus laids de la LNH. Mais lorsque l'entraîneur-chef québécois et son bleuet d'adjoint lèvent les yeux au ciel, un spectacle grandiose s'offre à eux. Car Jacques Lemaire, Mario Tremblay, Pierre-Marc Bouchard et ses coéquipiers du Wild travaillent dans le plus beau bureau de la Ligue nationale de hockey.

Par François Gagnon

Paru dans Hockey le Magazine du mois de décembre

Le X, comme le désignent les amateurs de sport des villes jumelles que sont Minneapolis et St. Paul, est impressionnant.

Il impressionne par sa beauté qui saute aux yeux dès le premier coup d'oeil. La façade vitrée vers laquelle les amateurs convergent pour entrer au Xcel Energy Center trône fièrement au-dessus du majestueux Mississippi qui coule juste en bas.

« N'est-ce pas que c'est beau », m'a d'ailleurs balancé un chauffeur de taxi en se stationnant devant le domicile du Wild, que j'ai visité pour la première fois plus tôt cet automne.

« Et n'oubliez pas de dire que le Mississippi sillonne notre État sur une distance plus grande que celle qui couvre le reste de son parcours jusqu'à la Nouvelle-Orléans », s'est-il empressé d'ajouter.

Le message est passé.

Beau oui, mais aussi efficace

Le X impressionne aussi par sa grande efficacité. 

Son hall d'entrée est vaste et fonctionnel, les corridors qui ceinturent les gradins répartis en quatre niveaux - 18 064 sièges, comptant 74 loges et 2800 sièges dans la section club - sont larges et permettent aux amateurs de déambuler sans risque de collisions, comme c'est souvent le cas au Centre Bell par exemple.

Mieux encore, une fois dans les coursives, on peut toujours avoir un oeil sur le match, car les architectes se sont assurés de maximiser les ouvertures surplombant la patinoire.

Du grand art.

Comme tous les nouveaux amphithéâtres, le X est doté d'un tableau gigantesque qui surplombe la patinoire.

Les écrans haute définition sur lesquels les amateurs peuvent regarder les reprises des jeux les plus spectaculaires, sont un peu plus petits qu'au Centre Bell, mais leur dimension (9 pi x 16 pi) permet de facilement identifier les coupables responsables d'un but accordé à l'adversaire ou de déterminer si les arbitres ou juges de lignes ont pris les bonnes décisions...

Autre trait caractéristique, on remarque quatre nids dans chacun des coins de l'amphithéâtre. 

L'un d'eux est occupé par l'orgue en forme de Zamboni utilisé lors des matchs. Un autre a la forme d'un phare et les deux derniers sont utilisés dans le cadre du déroulement du match pour y effectuer de l'animation de foule.

Le rêve réalisé de Marcel Aubut

Le Xcel Energy Center a été construit au coût de 130 millions de dollars. La ville de St. Paul, qui a payé la facture, en demeure l'unique propriétaire.

Un propriétaire qui est assuré d'un revenu annuel de 3 millions de dollars pour 25 ans grâce à la seule commandite du géant de l'énergie pour apposer son nom sur l'édifice.

Quand on marche autour de cet amphithéâtre inauguré le 29 septembre 2000, dans le cadre d'une victoire de 3-1 du Wild aux dépens des Ducks d'Anaheim, on se surprend à penser à Marcel Aubut, aux Nordiques de Québec et aux amateurs de hockey qui ont perdu leur équipe en 1995.

Pourquoi ?

Parce que la ville de St. Paul a réalisé le rêve que caressait Me Aubut pour garder les Nordiques à Québec au lieu de les vendre à des Américains qui les ont déménagés au Colorado.

Non seulement le gouvernement municipal s'est doté d'un amphithéâtre de premier plan, mais il a aussi profité de l'occasion pour bâtir un centre des congrès et aussi, eh oui, un casino afin de joindre l'utile à l'agréable...

L'attrait combiné des trois édifices permet aux villes jumelles d'attirer de grands spectacles et de grandes conventions.

C'est d'ailleurs au X que John McCain et Sarah Palin ont accepté les nominations républicaines à titre de candidats à la présidence et à la vice-présidence des États-Unis en septembre dernier.

Un grand État de Hockey

Même s'il sent encore le neuf, le Xcel Energy Center est très occupé.

Non seulement les joueurs du Wild s'y entraînent et y disputent leurs matchs, mais ils partagent la surface de jeu avec le Swarm de la Ligue nationale de Lacrosse.

Comme c'est le cas au Centre Bell, les grands du monde du spectacle y font des escales régulières. Shania Twain a présenté le premier spectacle de l'histoire du X et, en novembre, AC-DC, Coldplay et Neil Young y ont chanté.

Mais parce que l'État du Minnesota est d'abord et avant tout un grand État de hockey, c'est ce sport qui prime.

Une promenade autour de l'amphithéâtre le prouve d'ailleurs de façon éloquente.

Car tout autour du grand dégagement au niveau principal, on remarque la présence de centaines de chandails aux couleurs des différentes équipes de hockey de la région et de l'État.

La X a été le théâtre du championnat national universitaire américain en 2002 et il présentera encore le « Frozen Four » en 2011.

Des 10 formations de la Western Collegiate Hockey Association, quatre ont pignon sur rue dans cet État du Midwest : l'Université du Minnesota, l'Université Minnesota State, l'Université du Minnesota à Duluth et l'Université St. Cloud, dont le logo est emprunté à celui du Canadien.

Le Minnesota compte quelque 200 équipes de hockey dans les rangs secondaires qui se croisent depuis 1945 dans l'un des plus grands tournois de hockey regroupant des équipes de niveau secondaire.

Si le Wild est encore jeune, le hockey est roi au Minnesota depuis des années. Ce n'est pas pour rien que la LNH y est revenue en 2000, sept ans après l'exil des défunts North Stars devenus les Stars de Dallas.

Et c'est évident, quand on déambule dans l'amphithéâtre où a été présenté le 54e Match des étoiles de la LNH, en 2004.

La même année, le réseau spécialisé ESPN couronnait le Xcel Energy Center de meilleur amphithéâtre sportif aux États-Unis.

Ce qui manque au Xcel Energy Center pour se hisser parmi les grands amphithéâtres de la LNH ?

Un peu d'histoire.

Car pour l'instant, la seule bannière accrochée au plafond porte le numéro un et est décernée aux partisans et amateurs de hockey que l'organisation a qualifié de meilleurs de la LNH.

Un beau geste.

Mais les amateurs, comme les joueurs du Wild, Jacques Lemaire et Mario Tremblay également, rangeraient cette bannière symbolique rapidement s'ils pouvaient la remplacer par une autre commémorant une première conquête de la coupe Stanley...