Par François Gagnon Si vous y êtes déjà allé, vous savez qu'il n'y a rien autour. Rien de rien, à part un hôtel construit de l'autre côté du stationnement pour des raisons tout aussi obscures.
Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que le terrain sur lequel ont été érigés le Coliseum et l'hôtel servait d'aéroport militaire avant. Du haut du building, on peut encore voir se profiler les pistes dans les grands champs qui s"étendent à perte de vue.

Cela explique, en partie, pourquoi ces deux immeubles semblent sortis de nulle part...
L'aéroport a disparu. Les avions ne se posent plus à Uniondale depuis une quarantaine d'années déjà.
Et quand on regarde ce qui arrive avec ce building, le plus vieux de la LNH après l'Igloo qui sert de domicile aux Penguins à Pittsburgh, on se dit que le Coliseum aurait peut-être dû disparaître lui aussi depuis longtemps.
Car l'endroit a l'air d'un taudis.
Pis encore, il a aussi la chanson qui va avec.
L'endroit est défraichi, sale, inadéquat pour accueillir la LNH.
Plus de traces, où si peu, de cette forteresse qui a été l'un des hauts lieux de la LNH à la grande époque des Islanders.
À l'époque des Mike Bossy, Denis Potvin, Bryan Trottier, l'époque glorieuse des quatre conquêtes consécutives de la coupe Stanley (1980 à 1983) et la passation du flambeau à un certain Wayne Gretzky et à ses jeunes coéquipiers des Oilers d'Edmonton, qui ont empêché les Islanders d'égaler le Canadien avec cinq défilés de suite.

« C'est dommage de voir ce qui est arrivé au Colisée et aussi à l'organisation », témoigne Roland Melanson.
Entraîneur de Carey Price et de Jaroslav Halak avec le Canadien de Montréal, Melanson portait les jambières avec les Islanders lors des trois dernières conquêtes.
« Ça rockait au Colisée dans ce temps-là », assure Melanson avec son accent acadien. « C'était plein à craquer, et les amateurs nous appuyaient sans retenue. J'ai vécu les plus belles années de ma vie de hockeyeur dans cette bâtisse, dans ce vestiaire », se remémore celui qui agissait à titre d'adjoint au grand Billy Smith.
Ça sent fort le hockey...
Fidèle à une tradition qui ne change pas dans le monde du sport, Roland Melanson n'est pas retourné dans le vestiaire de son équipe.
Remarquez qu'il n'a pas besoin de le faire. Rien n'a changé. Les murs sont de la même couleur, les grilles pour accrocher les pièces d'équipement sont encore les mêmes. On dirait même que le tapis n'a pas été changé.
Ça sent fort le hockey. Au sens propre, comme au sens figuré.
Seule source d'intérêt dans ce vestiaire petit comme une boite d'allumettes : les souvenirs. Des souvenirs qu'il accepte de partager par le biais de plusieurs photographies magnifiques accrochées aux murs.

En fait, ce ne sont pas les photos qui sont si belles. Mais bien ce qu'elles représentent : Billy Smith qui stoppe des rondelles en cherchant du coin de l'oeil un adversaire à harponner avec son bâton. Le gros casque de cosmonaute (Lange) que portaient Denis Potvin et d'autres vedettes de l'époque. Le visage grimaçant à l'effort de Mike Bossy. Celui de conquérant de Bryan Trottier. Le flegmatique Alger Arbour que l'on voit sourire uniquement sur les photos officielles de l'équipe derrière la coupe Stanley.
Au fond, quand on regarde ce que le Nassau Coliseum est devenu, on se dit qu'il est à l'image de cette équipe qui n'a cessé de piquer du nez après cette glorieuse époque au tournant des années 1980.
Les Islanders ont raté les séries 13 fois au cours des 20 dernières saisons. Ils les rateront sans doute pour une 14e fois cette année.
De fait, les Islanders n'ont remporté que six tours en séries depuis 20 ans.
Des statistiques qui expliquent bien des choses.
Car si le Nassau Coliseum est triste à voir de l'extérieur, il n'offre pas un spectacle beaucoup plus joyeux lorsqu'on y met les pieds pour assister à un match de hockey.
Bondés hier, les gradins sont déserts aujourd'hui.
Et les rares partisans qui s'y assoient ont plus de bons souvenirs à échanger qu'un présent intéressant à décrire ou qu'un avenir à chérir.
Pour éviter la catastrophe, les Islanders ont ramené dans leur giron Mike Bossy afin qu'il serve de lien entre l'organisation et les partisans à reconquérir.
Un défi plus difficile que celui de marquer 50 buts en 50 matchs. Exploit que Bossy a été le premier à réaliser après Maurice Richard.
Un nouvel amphitéâtre ?
Cela doit bien faire 10 ans qu'on parle d'un nouvel amphithéâtre à Long Island. Le projet s'est matérialisé par des esquisses, des maquettes et des bandes vidéo. Mais pour les plans proprement dits, on attend encore.
Roland Melanson croit qu'on risque d'attendre encore longtemps.
« Long Island est un marché particulier. C'est une banlieue qui n'a pas de centre-ville. Tu ne peux pas construire un aréna dans un coin de l'île en te disant que les gens vont y venir parce que c'est là. Les résidants de Long Island sont avant tout des gens de New York. Ils y travaillent et peuvent s'y rendre facilement pour voir les Rangers, ou pour voir du baseball, du basket ou du football. Pour attirer des amateurs, les Islanders n'ont pas besoin d?un nouveau building. Pas encore. Ils ont besoin d'une équipe qui gagne. Quand on remportait nos coupes Stanley, les amateurs étaient derrière nous. Mais on ne pouvait jamais les tenir pour acquis », se souvient Melanson qui dresse une comparaison entre le Canadien, les Maple Leafs et les Sénateurs à Ottawa.
« Il y a des amateurs qui prennent pour les deux équipes. En fait non, ils prennent pour l'équipe qui gagne. Quand on perd à Ottawa, les fans des Sénateurs sont bruyants. Quand on gagne, on se penserait à Montréal. C'est un peu comme ça quand on va à Toronto aussi. C'était pareil à Uniondale. Quand les Rangers venaient au Coliseum, on était mieux de prendre les devants, sinon les amateurs passaient de l'autre côté. New York est un marché de gagnants. Tu dois gagner pour survivre.»
Avec toutes les mauvaises décisions prises par les Islanders au fil des dernières années, les mauvaises transactions, les mauvais choix au repêchage, les mauvaises embauches de joueurs autonomes, les contrats faramineux accordés aux Alexei Yashin et Rick DiPietro, les embauches et congédiements d'entraîneurs, il est permis de se demander si cette organisation, comme le building qui lui sert de domicile, pourra vraiment survivre.
Car à bien des égards, cet amphithéâtre, comme l'équipe qui l'occupe, semble davantage plongé dans une profonde agonie.