VOYAGE

TD Banknorth Garden | Boston | Massachusetts

10 novembre 2008

De tous les amphithéâtres de la LNH, le TD Banknorth Garden est sans doute celui où défile les plus grand nombre de partisans du Canadien de Montréal chaque année.

Par François Gagnon



Paru dans Hockey le Magazine du mois d'octobre

On a pu le constater plusieurs fois l'an dernier en saison régulière alors que les quatre victoires remportées par le Canadien, à Boston, ont été saluées par des milliers d'amateurs aussi bruyants qu'enthousiastes.

Lors de certaines escales, les partisans du Tricolore semblaient même plus nombreux que leurs rivaux des Bruins.

Il faut dire que ces derniers avaient bien peu de raisons de célébrer, le Canadien ayant balayé les Bruins huit fois de suite l'hiver dernier.

Pourquoi préférer ainsi Boston à Toronto??

Surtout que le Air Canada Centre est un amphithéâtre bien plus beau que le nouveau Garden.

À peu près à même distance du Centre Bell que le domicile des Leafs, le Garden offre aux partisans du Tricolore la chance d'obtenir facilement des liasses de bons billets. 

Et à bon prix. Surtout avec un taux de change qui place le dollar canadien autour du dollar de l'oncle Sam.

À Toronto, les billets des Leafs sont très rares et surtout très chers. Et ne comptez pas sur les revendeurs qui ceinturent le building avant les matchs pour vous faire des cadeaux.

Que non?! Et la Place Banque Scotia d'Ottawa??

Rivalité durable

Une belle solution de rechange, mais la rivalité entre Montréal et Ottawa ne s'est pas encore établie, alors que celle entre le Canadien et les Bruins dure depuis toujours. 

L'arrivée de Georges Laraque devrait mettre un peu plus de piquant dans ces matchs Montréal-Boston puisque les Bruins n'hésiteront pas à lui opposer les Zdeno Chara, Milan Lucic et autre Shawn Thornton qui sont en mesure de se dresser devant le nouvel homme fort du Tricolore.

Ça promet?!

Et cela donnera d'autres raisons aux partisans du Canadien de faire les cinq heures de route pour se rendre dans cette ville magnifique qu'est Boston.

Une grande histoire à faire revivre

Avec les Blackhawks de Chicago, les Blues de St. Louis et le Canadien, les Bruins de Boston ont fait partie de la première vague d'équipes ayant remplacé des amphithéâtres riches en histoires et entraditions, mais qui étaient devenus trop petits et trop vétustes pour répondre aux exigences de la LNH au tournant des années 2000. 

Lorsque le vieux Garden a été démoli pour faire place au Fleet Center - premier nom donné au domicile des Bruins - en 1995, c'est donc un grand pan de l'histoire du hockey à Boston qui s'est écroulé.

Froid, immense et surtout beaucoup trop étendu - le code du bâtiment obligeait l'étalement des gradins. À Montréal, le Canadien a pu accentuer les angles, rapprochant du coup les bancs de la patinoire - en comparaison avec le Garden où les amateurs flottaient littéralement au dessus de la patinoire, le nouveau domicile des Bruins a été boudé pendant quelques années.

Il faut dire que ses locataires, les Bruins et les Celtics de la NBA, n'aidaient pas sa cause en présentant des équipes ordinaires. Disons?!

Les temps ont changé. Sur la glace ou le plancher de bois, comme dans les gradins, les corridors et aussi dans l'environnement tout nouveau qui berce de TD Garden.  

Première amélioration apportée, la direction des Bruins a atténué la perception du mur de la honte que laissaient des milliers de banc vides dans les deux niveaux supérieurs. Le fait que ces milliers de sièges étaient d'un jaune criard ne faisait qu'accentuer cette impression que les balcons étaient déserts. On a donc glissé des bancs foncés au milieu de cette mer jaune. On a accroché un écran géant de très grande qualité au-dessus de la patinoire. Un écran qui était l'un des plus efficaces de la LNH avant l'acquisition faite par le Canadien pour son centenaire.

S'il ne paie pas de mine une fois assis dans l'un des 17 565 sièges ou à l'intérieur d'une des 88 loges corporatives, le Garden offre des trésors d'histoire à découvrir lorsqu'on déambule dans ses corridors.

À l'image de ce que le Canadien a fait aux quatre coins du Centre Bell, les Bruins ont placardé les murs des coursives de centaines de photographies relatant les grands moments et les grands noms de cette équipe originale.

On y aperçoit bien sûr les visages de Bobby Orr, Phil Esposito, Raymond Bourque et Gerry Cheevers, mais aussi ceux de Milt Schmidt et de ses compagnons de la Kraut Line, Bobby Bauer et Woody Dumart.

Un centre-ville qui revit

Si ces souvenirs aident à faire oublier le fait que l'ancien Garden était un repaire à rats à la fin de son règne, le TD Banknorth a aussi servi à rehausser l'image d'un centre-ville qui en avait bien besoin, diront certains. Grand besoin diront d'autres...

L'érection du nouvel amphithéâtre et la démolition du Garden qui l'a suivie furent les premières d'une série de grandes réalisations effectuées à Boston au cours des quelque 15 dernières années pour rendre le centre-ville plus attrayant, plus accessible, pour lui donner une vie. Avec la chute du Garden, le métro qui le contournait sur des rails juchés une dizaine de mètres au-dessus du sol est tombé lui aussi. On l'a retourné sous terre dans l'un des nombreux tunnels creusés dans le cadre du «?Big Dig?» pour améliorer le transport commun et routier dans cette ville reconnue pour être l'une des pires en Amérique pour ses bouchons de circulation.

Si les rails du métro et les autoroutes ont disparu, le North End, un quartier italien où se multiplient les bons restaurants, a quant à lui refait surface. 

Et il s'est refait une beauté.

 

La ville a rasé des immeubles dangereux. Elle a rénové des dizaines de vieux entrepôts aux murs encore solides qui sont devenus des condos de luxe. Elle a effectué un grand ménage qui permet maintenant de goûter au nightlife de Boston sans craindre de croiser des chats noirs et des rats aussi gros qu'eux...

Au lieu de déambuler tête baissée sur des trottoirs sombres, sales et dangereux, comme on le faisait dans un passé encore récent, on marche aujourd'hui la tête bien haute autour du domicile des Bruins pour apprécier le nouveau décor.

La promenade Rose Kennedy Greenway - eh oui, la mère du président John F, de son frère Robert et de l'increvable sénateur Ted - est la dernière d'une série de réalisations amorcées par la construction du domicile des Bruins. Cette promenade ceinture le nouveau centre-ville, offrant une vue sur le Garden, mais aussi sur le magnifique pont Leonard Zakim Bunker Hill Memorial. Un pont suspendu par des centaines de câbles d'acier illuminés le soir venu et dont le nom est associé à une célèbre bataille pendant la guerre d'indépendance (Bunker Hill) et à un activiste champion des droits de la personne (Leonard Zakim).

Loin d'être un joyau parmi les 30 amphithéâtres de la LNH, le TD Banknorth a au moins le mérite d'être au centre d'une série d'améliorations apportées par la ville de Boston pour rendre la capitale du Massachusetts, berceau des États-Unis que l'on connaît aujourd'hui, encore plus attrayante.

Elle qui l'était déjà beaucoup avec ses parcs, ses grandes universités, ses marchés et ses pubs où la bière coule encore à flot. Des pubs où les partisans du Canadien, chandails tricolores sur le dos, sont mieux d'entrer avec le triomphe modeste plutôt qu'en chantant des «?Olé?! Olé?! Olé?!?» s'ils ne veulent pas trop soulever l'ire des fiers partisans des Bruins.

Des partisans qui digèrent très mal la défaite, surtout après quelques pintes de Samuel Adams...